Vélo Shawinigan

Conte de Noël Imprimer Envoyer
Écrit par Renaud Gauthier   
Samedi, 13 Décembre 2008 06:04

Le Brigadier Renaud propose aux habitués de VeloShawinigan un conte de Noël mauricien. Le vélo et l'humour s'y côtoient. Lutins, coureurs cyclistes et astronautes s'y croisent. Les clins d'oeil s'y succèdent habilement esquissés par la plume sobre mais élégante de votre chroniqueur préféré. Est-ce le premier d'une longue série sur les aventures légendaires des Brasfort ?

Bonne lecture

 


LE VÉLO ROUGE
Je rencontrai le petit homme, en septembre 2007, à l’occasion du Défi Vélo Mag qui se déroulait dans le lieu enchanteur et magique du Parc national de la Mauricie. Fort en bras et fort en jambes, il fut le seul participant à compléter les trois épreuves : les 30, 53 et 105 kilomètres. Un exploit d’autant plus digne de mention en raison de l’âge apparemment vénérable de mon interlocuteur. Il se contenta d’esquisser un sourire lorsque, timidement, je lui mentionnai qu’il avait l’air en grande forme… pour son âge. 01 lorsdevotre.pngSon âge exact? Difficile à dire. Son occupation? Lutin surnuméraire. Lutin? Oui, à l’emploi du Père Noël. Surnuméraire? Oui, en effet, au point de ravitaillement du Parc national. Aussi bien vous l'admettre immédiatement, l’histoire qui suit est à peine vraisemblable mais, puisqu’elle me fut racontée de la bouche même d’un lutin du Père Noël… difficile de ne pas y croire.

Le Parc national de la Mauricie : un point de ravitaillement
Lancelot Brasfort est son nom. Son lieu de résidence : quelque part entre le Lac aux Gadelles et le Lac du Rapide. Le bonhomme ne travaille qu’une journée par année : le 25 décembre. Exclusivement sur le quart de nuit. Mais, seulement quelques secondes. Le temps d’assurer le ravitaillement pour les rennes du Père Noël. Durant l’hiver, il passe le reste de son temps à tracer les sentiers pour la raquette. L’été venu, il endurcit ses mollets à vélo, sur la route et les sentiers du Parc, et ses biceps en canot, sur les lacs du Parc. Brasfort me révéla qu’il aimait bien alterner entre le vélo et le canot même s’il devait inévitablement pagayer sur les plans d’eau avec un vélo dans son embarcation et, vous l’aurez deviné, avec un canot accroché à son dos lorsqu’il est à cheval sur son vélo. Donc, lors de votre prochaine visite au Parc national, si vous rencontrez un petit homme à vélo, avec un canot sur le dos, vous saurez qu’il s’agit de nul autre que Lancelot Brasfort, lutin surnuméraire de son métier.

Constatant mon incrédulité d’apprendre que le Parc national servait de point de ravitaillement pour les rennes du Père Noël, Lancelot Brasfort m’expliqua que cet arrêt était nécessaire afin d’effectuer une dernière vérification à la cargaison de cadeaux destinée aux enfants de la Mauricie et, en même temps, afin de permettre aux rennes de soulager leurs vessies. En effet, me dit Brasfort, il serait mal vu que les rennes relâchent leurs sphincters en plein ciel, surtout en période de grand froid. Candidement, Brasfort m’avoua du même souffle que le Père Noël devait en faire pareillement, celui-ci étant affligé d’une petite faiblesse au niveau de la prostate. 02 velorouge.pngD’autant plus que le vieil homme a toujours été un grand consommateur de coca-cola…
 
Une fièvre de cheval
Habituellement réglé au quart de tour, la tournée du Père Noël se déroule rondement et efficacement afin de combler de joie petits et grands qui, bien sûr, croient encore au bonhomme rouge. Ce dernier n’a pas le droit à l’erreur : joujoux et présents de toutes sortes doivent être livrés à temps et en bon état. Or, Brasfort me raconta que la nuit de Noël de l’année 2006 fut la plus stressante et la plus éprouvante de sa carrière de lutin.

À l’arrivée du traîneau au Parc national, le Père Noël accusait un retard d’un millième de seconde sur l’horaire prévu. Visiblement, quelque chose clochait. Décelant le regard inquiet du Père Noël, Brasfort constata du même coup que quelques rennes semblaient fort mal en point. «La traversée de l’Atlantique a été très pénible…», s’exclama le Père Noël sans terminer sa phrase par son coutumier ho! ho! ho!. Brasfort comprit que l’homme à la barbe blanche n’entendait pas du tout à rire. «Mon renne de tête est essoufflé et trois autres ont une vilaine gourme…».

Quatre des rennes avaient une fièvre de cheval et étaient donc malades comme un chien. Difficile de poursuivre le voyage dans un tel état. Même la magie de Noël ne pouvait remettre sur pattes en quelques secondes les pauvres cervidés. Brasfort me raconta que le Père Noël administra à chacune des bêtes malades une forte dose d’antibiotique doublée d’un soupçon de magie de Noël. Mais, le Père Noël n’avait pas le temps d’attendre les effets du traitement pour reprendre le ciel. Il fallait absolument poursuivre la tournée le plus rapidement possible. Bien au fait des prouesses athlétiques de son lutin, le Père Noël eut une idée. «Lutin Brasfort, vous pourriez tirer mon traîneau avec un vélo… ho! ho! ho! Un vélo rouge, évidemment… ho! ho! ho! À cette idée, le vieil homme retrouva sa bonhomie légendaire.

03 desormais.pngMais, comment faire voler un vélo? Aux dires du Père Noël, il suffisait de faire comme le jeune Eliott qui, aidé de E.T. l’extraterrestre, s’éleva dans le ciel avec sa bicyclette. Sceptique, Lancelot Brasfort répliqua au Père Noël qu’il s’agissait d’un film et que dans la vraie vie les vélos, même rouges, ne pouvaient voler. Avec sa sagesse habituelle, le Père Noël répliqua que dans la vraie vie les rennes ne volaient pas, mais qu’il suffisait de croire en la magie de Noël pour que cela soit possible. Le Père Noël tenait un très bon argument Et, pourquoi un vélo rouge? Tout simplement parce que la magie de Noël ne pouvait opérer sans la couleur fétiche du gros bonhomme.

Le dernier des Brasfort
Au 19e siècle, la plupart des ancêtres de Lancelot Brasfort s’exilèrent vers les États-Unis. Ceux-ci, des femmes et des hommes avec de forts caractères, se démarquèrent dans plusieurs domaines. L’un d’eux marcha sur la lune et un autre gagna sept Tours de France consécutifs. Des exploits peu banals pour les Brasfort dont le nom de famille fut anglicisé en celui de Armstrong.

Dès sa naissance, Lancelot Brasfort présentait une des caractéristiques physiques qui lui permettraient un jour de postuler au poste de lutin du Père Noël. Ses oreilles longues et pointues lui valurent plusieurs quolibets de la part de ses camarades de classe. Mais, comme il était issu d’une longue lignée de femmes et d’hommes forts, rien ne rebutait le petit homme. Le défi que lui lançait le Père Noël était à la hauteur des aptitudes du dernier des Brasfort au Québec. Désormais, il lui incombait l’énorme responsabilité de sauver la nuit de Noël 2006.

Le grand chalet
Mais, où trouver un vélo rouge? De surcroît en plein hiver, la nuit de Noël et en plein bois. Lancelot Brasfort me dit qu’il savait où trouver un vélo rouge. 04 il vit se profiler.pngIl n’avait qu’un seul souhait : que les propriétaires soient présents à leur résidence en cette nuit magique. Brasfort se rendit donc en direction de St-Jean-des-Piles, un petit village tout près du Parc national où, fébrilement mais assurément, il cogna à la porte d’un grand chalet. Les propriétaires étaient là mais visiblement ils n’attendaient pas de visiteurs à cette heure tardive. Brasfort me raconta qu’il vit se profiler à travers une fenêtre la silhouette d’une personne qui semblait tenir à la main une sculpture inuite en guise de massue. C’était la dame de la maison. Une fois près de la porte, Brasfort me raconta qu’au moment où la dame l’eut reconnu, elle s’est écriée vers son mari : «Jean! Jean! Réveille-toi! Ton ami le lutin Brasfort est à notre porte!».

Une envolée gigantesque
«Brasfort? Que voulez-vous? Avez-vous vu l’heure? Le Père Noël devrait vous donner une montre en cadeau!» Lancelot Brasfort s’excusa pour cette intrusion autant tardive qu’imprévue. «Pardonnez-moi monsieur Chrétien mais je suis en mission spéciale. J’aimerais vous emprunter votre vélo rouge». Le regard de l’hôte se crispa et se tourna vers son épouse. «Oui, Jean… Tu sais, la bicyclette que tu as reçu en cadeau lors d’un voyage en Chine.» Du coup, Brasfort me révéla un secret de moins en moins bien gardé. Depuis quelques années, le Père Noël fait fabriquer la plupart des vélos par des lutins chinois.

05 ah oui.png«Ah oui! Le bicycle rouge des communisses!, de s’exclamer le p’tit gars de Shawinigan. «Tu peux ben l’prendre pis l’garder. De toute façon, j’étais pour le donner à Trudel pour mon exposition de souvenirs à la Cité de l'Énergie !». Remerciant chaleureusement ses hôtes, et prenant congé, Brasfort retourna prestement en direction du Parc national où l’attendait impatiemment le Père Noël. Il accrocha le vélo rouge au traîneau et, grâce à la fameuse magie de Noël, le lourd chargement s’éleva dans le ciel afin d’assurer la distribution des cadeaux pour tous les petits et grands de la Mauricie. Lancelot Brasfort, le regard fier et les mollets durs comme du fer, tout en pédalant ardemment, lança au Père Noël : «C’est un petit vol pour un lutin mais une envolée gigantesque pour l’humanité!».


Tous droits réservés ©2008 - Renaud Gauthier


Vous pouvez suivre le voyage du Père Noël durant sa tournée du 25 décembre à :
http://www.noradsanta.org/
 
VéloShawinigan est une réalisation de 850.huitcinquante.com
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